La tradition du cheval arabe dans le nord du Bénin

 

Enthronement of the king of Bariba. The traditional Gaani festival. The horsemen. Intronisation du roi des Bariba. La fête traditionnelle de la Gaani. Les cavaliers.

Les cavaliers de Djougou. © Tarek Charara/Kaleidos.


Ce soir là, l’artère principale de la ville est inhabituellement bouchée. Les voitures avancent péniblement dans une brume bleutée de gaz d’échappement qui se mélange au gré du vent à la poussière rousse de l’harmattan. Quelques impatients  se livrent à un concert de klaxons de leur véhicule dans un vacarme assourdissant… l’excitation a atteint son paroxysme.
Nous sommes bloqués par une dizaine de cavaliers sur des chevaux richement parés paradant lentement en rang devant les voitures. Il y a lieu de prendre son mal en patience.

La rumeur d’un événement important se propage rapidement comme une trainée de poudre : Les Bariba ont choisi leur chef et la cérémonie de la Gaani aura lieu le lendemain à l’occasion de l’intronisation du nouveau roi !
Qui sont les «Bariba»? Bariba veut dire «Trop de chevaux» en Dendi, un dialecte commun au Niger et au Benin. D’après la légende, les Baatonbous – vrai nom de l’ethnie – seraient originaires de la Mecque. Refusant de se convertir à l’islam, religion que certains d’entre eux  adopteront plus tard, les Baatonbous commencèrent un exode qui les conduira jusqu’au Bénin. C’est à cheval qu’ils traversèrent  l’Egypte, l’Ethiopie, la Somalie, le Soudan, le Nigeria…  jusqu’à  la région de Nikki, dans le centre du Bénin où ils installèrent  leur royaume. Les responsables Baatonbous sont choisis dans une famille royale ou princière et représentent le peuple avec leurs us et coutumes. Cela se fait à chaque fois que l’ethnie prend de l’importance dans une ville ou dans une région. Hiérarchiquement le roi d’une ville dépend du roi du département qui lui-même dépend du roi de Nikki. La Gaani, qui signifie joie ou victoire, est une version sub-sahélienne de la Fantasia, spectacle équestre traditionnel du Maghreb. C’est une tradition venue tout droit d’Arabie. Des cavaliers sur des purs sangs arabes richement parés exécutent une chorégraphie sur fond de tambours, des simulacres de batailles se jouent, suivis de cavalcades et de démonstrations de dressage dans un cercle. Ce sont les meilleurs cavaliers, venus des grands centres Baatonbou du Bénin: Djougou, Kouandé, Nikki… qui font  le spectacle.

Intronisation du roi des Bariba. La fête traditionnelle de la Gaani. Les parures des chevaux sont toutes fabriqués par les cavaliers eux-mêmes. Ici ce sont des capsules de bouteilles qui ont été utilsées pour la décoration. Le hackamore est d'une fabrication artsanale locale.

De riches étoffes sont associées aux choses les plus insolites comme des capsules de bouteilles de bière ou de boissons gazeuses pour habiller les chevaux. © Tarek Charara/Kaleidos.

 

 Le prince Moussa Atta de Djougou fait danser son cheval au son des Tams-Tams.

Le prince Moussa Atta de Djougou fait danser son cheval au son des Tams-Tams. © Tarek Charara/Kaleidos.

 

Les cavaliers font danser leurs chevaux aux rythme des tambours. Le cheval descend d'une courbette.

Les cavaliers font danser leurs chevaux aux rythme des tambours. Le cheval descend d’une courbette. © Tarek Charara/Kaleidos.

 

Bazénon et son cheval. Hackamore artisanal avec un début des rennes en métal.

Bazénon et son cheval. Hackamore artisanal avec un début des rennes en métal. © Tarek Charara/Kaleidos.

Des Gaani sont organisés lors du choix des rois, lors d’un événement important dans la vie des cavaliers ou en honneur des ancêtres.

Le début de la Gaani est toujours un grand moment d’émotions. Tambours et fanfares entament leurs rythmes enivrants, le premier cavalier arrive au centre du terrain pour ouvrir la cérémonie. Habillé d’une cape aux motifs dorés et d’un turban blanc, il fait danser son cheval au rythme des tambours. Elégamment, un éventail à la main, il fait tourner son cheval, d’abord lentement, puis de plus en plus rapidement. D’un coup, il s’arrête face au roi. Souriant, il le salue, puis le cheval fait une courbette et enchaîne les demi-voltes, toujours en rythme, vers la sortie.
Deux cavaliers entrent au galop, prennent de la vitesse, passent devant les tentes, puis s’arrêtent brutalement. Ils font demi-tour pour repartir dans l’autre sens. Un autre cavalier, les pieds attachés aux étriers, les relaie. Il fait d’abord danser son cheval à petits pas en tournant, puis il enchaîne les courbettes avec des rotations sur les côtés. Le cheval exécute une torsion de la tête avec piaffé au trot en tournant autour des hanches. Toutes ces figures s’enchaînent à une cadence infernale.
Pendant une  heure et demie, tous les cavaliers, les uns après les autres, feront la démonstration de leurs capacités équestres et du dressage extraordinaire de leurs purs sangs arabes. Un nuage de poussière ocre enveloppe cette fête des couleurs et des sons. Chevaux et hommes se donnent à l’extrême dans un spectacle époustouflant d’une rare beauté.

Suite, prochainement…

 

 

 

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